Historique de l’ACOC par René Moulinas

Avant 1938 : La « préhistoire » de la maison des Œuvres et de l’ACOC :

Le lieu où nous nous trouvons faisait partie autrefois du couvent des Cordeliers = Franciscains.  Ce couvent, créé au XIII° siècle, reconstruit et agrandi au XIV° occupait une vaste superficie de 2 hectares où se situent actuellement le lycée St Joseph, la chapelle et le jardin des Pénitents gris et le Centre Magnanen (y compris salle Benoit XII). 

Le couvent des Cordeliers devenu « bien national » à la Révolution a été presque entièrement démoli et son emplacement loti et vendu à des particuliers. Du couvent ne subsistent que quelques vestiges, le clocher de la chapelle (où aurait été ensevelie la Laure de Pétrarque dans le tombeau de la famille de Sade) au coin de rue des Lices et rue des Teinturiers, quelques restes du cloitre dans cour du lycée St Joseph et des arceaux du cellier dans une salle du centre Magnanen (salle dite du cellier des Cordeliers).

Au début du XX° siècle : le long de la Sorgue et de la rue des Teinturiers, après le jardin des Pénitents Gris, se trouvaient plusieurs petites maisons en mauvais état appartenant aux héritiers de Guillaume du Laurens d’Oiselay mort en 1910 (vieille famille avignonnaise). 

L’abbé de Mérignargues achète ces biens immobiliers en 1912, puis en 1914 un morceau d’une parcelle que la Société Nouvelle de l’école libre de St Joseph avait elle-même achetée en 1912 aux mêmes cohéritiers de du Laurens. Au total un ensemble de 3444 m2 sur lequel l’abbé fait construire (à ses frais ?) à partir de 1926-27, une salle des fêtes (la future salle Benoit XII) et aménager quatre bâtiments à usage de bureaux, logements et salles de réunion qu’il met à la disposition du diocèse. Cet ensemble prend le nom de Maison des Œuvres et fonctionne sous la direction du chanoine Pinet de 1926 à 1937.

1938 :  La naissance de l’ACOC

C’est l’évènement dont nous fêtons aujourd’hui le 80° anniversaire.

L’abbé de Mérignargues, toujours propriétaire en titre de l’ensemble immobilier, a suscité la création d’une « Association Centrale des Œuvres Catholiques » = ACOC, en février 1938, déclarée en préfecture le 4 mars à laquelle il fait donation (« apport » selon le terme juridique), par acte notarié (M° Lapeyre) du 14 avril, de tous ces bâtiments et leurs dépendances avec deux accès, un par rue des Teinturiers n°12 et un autre par la rue du Portail Magnanen n°43 ter, grâce à un passage qu’il avait fait aménager et  qui était  aussi sa propriété. La valeur vénale de l’ensemble est estimée dans l’acte à 380 000 francs

L’ACOC, devenue propriétaire de ce bien, est une association selon la loi de 1901 avec des statuts adoptés par l’assemblée constitutive du 28 février. Son but est défini ainsi (article 3…l’ACOC doit regrouper et soutenir des « œuvres catholiques, sociales, postscolaires, d’agrément, de bienfaisance, notamment cercles d’études, réunions sportives, groupes spécialisés de jeunes gens et de jeunes filles, secrétariats sociaux et autres groupements catholiques.) Il est prévu une assemblée générale annuelle, un conseil d’administration, un bureau avec président, secrétaire et trésorier

 Rien de plus ordinaire pour une association type loi de 1901. 

Ce qui l’est moins c’est que cette association est composée essentiellement de laïcs à laquelle est confiée une propriété utilisée pour des œuvres catholiques diocésaines ou nationales. C’est une situation assez originale pour l’époque et je me demande si elle a été favorablement jugée :  je remarque en effet, que dans la notice nécrologique élogieuse consacrée à l’abbé de Mérignargues dans le bulletin diocésain, lors de son décès en 1947, il n’est nulle part fait mention de la création de l’ACOC ni de la Maison des Œuvres.

 Beaucoup plus tard, en 1963, dans un autre bulletin diocésain, où est présentée la nouvelle Maison des Œuvres telle qu’elle est devenue après d’importants travaux réalisés au début des années 60, il n’est pas, non plus, fait la moindre mention de l’ACOC et le nom de l’abbé de Mérignargues n’apparaît nulle part. Le résumé de l’histoire de la maison des Œuvres, dans ce bulletin de 1963, commence en 1926 avec le récit de sa construction et la liste de ses directeurs, dont le chanoine Pinet fut le premier de 1926 à 1937 et se poursuit avec la liste de ses successeurs jusqu’à 1963 sans que l’année 1938 soit signalée comme le début d’une nouvelle histoire : celle de l’ACOC que je suis en train de vous exposer.

  Les liens avec le clergé demeurent cependant forts : l’assemblée générale constitutive s’est tenue 12 rue Collège de la Croix, siège de l’évêché à l’époque et la gestion quotidienne de la Maison des œuvres reste aux mains d’un prêtre : en 1938, il s’agit de l’abbé Gaillard qui occupait la fonction de directeur de la Maison des œuvres depuis 1937 et la conserve tout en faisant partie en même temps du bureau de l’ACOC en tant que secrétaire. Ses successeurs comme directeur de la Maison des Œuvres seront toujours des prêtres désignés par l’archevêque jusqu’en 1997 (premier laïc directeur : Louis Chassaing) Les mêmes directeurs siègent aussi dans le bureau de l’ACOC, tantôt comme trésorier, tantôt comme secrétaire et d’autres choisis par l’archevêque, font partie des membres actifs et du conseil d’administration.

Après 1938 : L’ACOC et la Maison des Œuvres

Nous voici arrivés maintenant au cœur du sujet, et au moment le plus difficile pour moi : car comment évoquer,  sans commettre d’oublis ou d’injustices, tous ceux qui se sont dévoués au service de cette maison, tous ces présidents, ces directeurs et leurs adjoints et collaborateurs, ces concierges et ces secrétaires et toutes les associations ou groupes qui, par dizaines,  y ont eu leur siège  ou y ont tenu leurs permanences et leurs réunions, sans vous lasser et en respectant l’horaire ? c’est une mission impossible.

C’est pourquoi, avec les informations puisées surtout dans les comptes-rendus des réunions de conseils d’administration et des assemblées générales, je me contenterai d’esquisser quelques grandes lignes de cette longue aventure.

Parlons d’abord du plus visible : les locaux.  La partie la plus connue des Avignonnais est la salle de spectacles, dont le nom de « salle Benoit XII » apparaît en 1945. Elle existait déjà avant 1938 et le père Chave se souvenait d’y avoir joué la pastorale quand il était encore adolescent dans les années 30. Après avoir été réquisitionnée par l’armée en octobre 1939, puis par le service des rapatriés en 1945 (de mars à octobre) elle a retrouvé ses fonctions festives et, depuis 1953, elle a une administration à part, séparée de celle de la Maison des Œuvres (contrats d’assurances par exemple) 

Au fil des ans, après exécution en 1953 des travaux de mise en conformité exigés par la commission de sécurité, (financés par l’archevêché), elle est très demandée et elle devient une affaire très rentable dont les bénéfices sont affectés au budget de l’ACOC.

 La ville d’Avignon s’intéresse à cette salle : dès 1968, elle envisage de la louer, ce qu’elle finira par faire après avoir essuyé un refus de vente par l’AG de juin 1974. Le bail de location signé avec effet en septembre 1976, sera reconduit jusqu’à nos jours avec quelques modifications. 

 Du côté nord, la Maison des Œuvres a un voisin immédiat, le collège St Joseph. En 1962, pour s’agrandir, les Jésuites demandent à l’ACOC de leur vendre une bande de terrain dans la cour qui s’ouvre vers la rue du Portail Magnanen. L’ACOC ne refuse pas, d’autant plus que l’archevêque insiste pour que la vente ait lieu mais le prix proposé par l’acquéreur potentiel est à peine la moitié de celui qu’ont fixé les experts consultés par l’ACOC (200 f le mètre carré contre 400). Finalement la vente n’aura pas lieu et à sa place sera signé ce qu’on appelle un bail emphytéotique pour 99 ans, à partir du 15 décembre 1962. C’est sur cette parcelle de 517 m2 qu’a été édifié, à partir de 1965, le bâtiment de 4 étages qu’on trouve à sa gauche, après la loge du concierge, quand on entre par le côté de la rue du Portail Magnanen. Plus de la moitié de la durée du bail est aujourd’hui déjà écoulée et des solutions devront être trouvées quant à la propriété de ces bâtiments à l’issue du bail.

La Maison des Œuvres elle-mêmeen tant que bâtiment, a subi pendant ces années, à plusieurs reprises de nombreux travaux et transformations aussi bien dans ses dispositions intérieures que dans son gros œuvre extérieur, en particulier en 1962-63 lorsqu’a été construit un deuxième étage et qu’on y a installé la chapelle avec des vitraux et une décoration dus à l’abbé Roy. On a ainsi gagné beaucoup d’espace aménagé en bureaux et chambres et salles de réunion. Dans le même temps, on créait, dans la cour, une série de garages (1963).

La nécessité d’agrandir la surface utilisable montre bien la vie intense qui règne dans cettemaison pendant les années 50, 60 et 70 :  C’est la belle époque des mouvements d’Action catholique ACJF, ACJH, JEC, JAC, JOC, ACO qui y ont tous un bureau. 3 de leurs aumôniers y résident en permanence dont le père Chave qui devient en 1961 directeur de la Maison. On y trouve aussi le syndicat CFTC. La Mutuelle La Comtadine y a été remplacée en 1951 par le Secours Catholique qui occupe beaucoup de place tout en se trouvant toujours à l’étroit ce qui le conduira à trouver de nouveaux locaux plus spacieux en 1971 à quelques pas de là, 84 rue du Portail Magnanen, sur un terrain donné par les sœurs franciscaines. A la Maison des Œuvres est aussi réalisée l’édition locale de l’hebdomadaire régional « Semaine Provence » et la direction des pèlerinages y est établie. Des permanences y fonctionnent pour le scoutisme, les Cœurs Vaillants, les Ames Vaillantes. Plus tard viendront le CCFD et la chorale du père Durand (Ensemble vocal d’Avignon) l’Association Musique sacrée, l’Hospitalité de ND de Lourdes et d’autres encore. C’est une véritable ruche

Elle a même failli devenir le siège de l’évêché : Mgr Bouchex en 1979 fait part d’un projet en ce sens : l’ancien archevêché rue collège de la Croix ayant été vendu, l’évêque pourrait s’installer avec son personnel à la Maison des Œuvres mais il se heurte alors à de vives réactions négatives. Les opposants mettent en avant non seulement des arguments matériels évidents (manque de place) mais aussi des objections fondées sur l’esprit même de la maison qui est une maison du laïcat dédiée à l’action catholique et à la culture et doit conserver son caractère original. Mgr Bouchex finalement se laissera convaincre : les bureaux de l’archevêché furent établis au Grand Séminaire devenu séminaire régional et lui-même vint habiter une petite maison rue Trial.

Cette affaire qui met en cause la vocation de l’ACOC nous oriente vers un autre genre de problème que les animateurs se posent avec acuité à partir des années 80 avec le déclin très sensible des mouvements d’Action catholique pour lesquels la maison des œuvres et l’ACOC avaient été créées : la question est : quel est au juste le rôle de l’ACOC auprès des nouvellesassociationsqui s’y établissent et  ne sont pas des mouvements d’Action catholique, comment les servir au mieux ? qu’attendent-elles de la maison des Œuvres ? Elle n’a rien perdu de son actualité aujourd’hui. 

Dans les années 80, on tente d’y répondre, en 1981, par un changement des statuts qui donne une plus large place aux représentants des mouvements d’Action catholiques et autres groupes chrétiens dans le Conseil d’administration et par un changement de nom : la Maison des Œuvres, nom jugé un peu désuet, devient en 1984 le Centre Magnanen. On l’ouvre à de nouvelles utilisations, on y accueille des groupes extérieurs, des joueurs de boules, des réunions de co-propriétaires, on y organise en 1988-1991 un cycle de conférences sur des sujets variés mais qui incitent tous à la réflexion. En 1989 le père Chave y installe un émetteur de radio et crée ainsi ce qui deviendra Radio Lumière.

Mais cela ne suffit pas pour redonner beaucoup de vie à la maison : au CA du 9 décembre 1999 une secrétaire se plaint de ne pas avoir assez de travail pour s’occuper !

De nouvelles modifications des statuts en 2001 puis en 2002 ne changent rien à cet engourdissement progressif.

Un nouvel évêque, Mgr Cattenoz, est en place depuis 2002. Le séminaire régional est fermé en 2003 et on s’interroge sur l’avenir du centre Magnanen et de l’ACOC d’autant plus que, en 2007, Mgr Cattenoz décide le transfert à la Maison diocésaine, nouveau nom de l’ancien grand séminaire, du siège de tous les mouvements d’Action catholique. Il sera effectué dans l’été 2008 malgré les protestations de ceux qui invoquent l’histoire de la Maison. Ne restent plus au centre Magnanen que la communication et la radio, le service des pèlerinages, l’hospitalité de N D de Lourdes et Foi et Culture du père Chave. Le montant de la quête impérée pour l’Action catholique autrefois versée au centre Magnanen pour être répartie ensuite entre les mouvements sera désormais pour la Maison diocésaine.

En 2010, une grave crise secoue l’ACOC : prenant prétexte que le centre Magnanen est obligé à faire de gros travaux que ses finances ne lui permettent pas d’assumer, le directeur M. Legoeuil fait voter au CA du mardi 23 novembre 2010 la décision de soumettre à l’assemblée générale qui va s’ouvrir immédiatement après , une délibération selon laquelle tous les biens de l’ACOC seront transférés à l’Association diocésaine qui, elle,  aura la surface suffisante pour emprunter les sommes nécessaires aux travaux. 

Mais, à l’assemblée générale, l’ambiance devient vite houleuse. La présidente et le directeur sont vivement attaqués à propos de cette cession de biens : quelles garanties a-t-on que l’Association diocésaine fera effectivement réaliser les travaux au Centre Magnanen ? ce transfert de propriété ne cache-t-il pas en réalité l’intention de vendre ensuite ces biens au profit de l’évêché ? : si ses biens sont vendus, l’ACOC, créée pour leur gestion, n’a plus qu’à se dissoudre : certains se référant à l’acte de donation signé par l’abbé Mérignargues en 1938 signalent que dans ce cas expressément prévu, les biens doivent être dévolus à une autre association ayant des objectifs semblables, sinon ils pourraient être revendiqués par les héritiers de l’abbé de Mérignargues.

 Quand on passe au vote, la proposition de cession est rejetée par 18 non, 1 blanc et 1 abstention contre 9 oui.

A la même séance, du 10 novembre 2010 D Semont, l’actuel président, est élu au Conseil d’administration et, avec d’autres membres de l’ACOC, il élabore et entreprend alors des projets dont je crois qu’il est plus sûr et plus convenable que ce soit lui-même qui vous en parle.